Conseils pour briller dans un colloque

Qu’on ait des idées ou qu’on n’en ait pas, il faut savoir les communiquer. La FNAUT est très souvent invitée dans des colloques. Elle sait donc de quoi elle parle - nous voulons dire, comment d’autres causent. Voici quelques conseils qu’elle nous adresse.

Pour introduire votre prochaine intervention, dites qu’il faut remettre l’individu au centre des problématiques prénormatives, veiller aux IHM, développer d’urgence la recherche sur les systèmes de systèmes, les systèmes enfouis, les cleantechs, les télétechnologies et les technologies duales. Et rappelez prudemment qu’il n‘existe pas de solution miracle. Soyez moderne, ne dites plus “gare de correspondance”, c’est vieillot, mais “pôle d’échange intermodal”. Et si vous êtes grenoblois, ne dites plus “rocade autoroutière nord” mais “ouvrage intégré dans un nouvel environnement urbain adapté à sa proximité” (lu dans un document de la ville de Grenoble). Insistez sur les technologies innovantes : TIC, VIP (véhicules individuels publics), information ubiquitaire embarquée, tourisme assisté par ordinateur, platooning, libre service one-way et voiture logicielle.

Rappelez qu’il faut patcher les technologies et packager les offres ; passer du technology push au service et à l’e-mobilité ; prêter attention à la granulométrie des budgets, au tryptique accessibilité-acceptabilité-équité, aux jeux d’acteurs, aux échelles territoriales et aux effets redistributifs ; mieux utiliser le modèle fractal du périurbain ; veiller à toujours conserver une approche systémique, pluridisciplinaire et plurimodale, donc rejeter les politiques de tiroirs et les orientations business as usual ; faire du voyage sans couture, développer l’intégration transactionnelle des modes et les informations géolocalisées ; penser la primauté de l’usage sur le mode ; rezoner les tarifications ; promouvoir une maïeutique des choix collectifs, changer de paradigme et faire émerger l’économie européenne du quaternaire ; placer en tête de gondole l’innovation de rupture, la logistique globale, l’infrastructure intelligente et l’intelligence ambiante, sans oublier le véhicule communicant ; créer des clusters ; exploiter les effets d’aubaine, éviter les effets de ciseau et provoquer au contraire des effets de levier et de cliquet ; repérer les signaux faibles de l’ère post-fossile sans pour autant négliger les signaux forts.

Si vous êtes élu, expliquez que vous recherchez un développement endogène diversifié et innovant avec des espaces de qualité, afin de faire de votre métropole (il peut s’agir d’une simple bourgade) un pôle d’excellence et de favoriser sa lisibilité européenne.

Vocabulaire correct : n’évoquez plus “l’après pétrole”, mais “la vie post-carbone” ou mieux “l’ère post-fossile”. Ne dites plus “taxe carbone”, mais “contribution climat-énergie” ; ou “voiture électrique”, mais “véhicule décarboné” ; ou “wagon isolé”, mais “messagerie ferroviaire” ; ou “axe majeur” mais “artère fémorale”. Et surtout, ne dites plus “supprimer des services” mais “restructurer l’offre”.

Vocabulaire de colloque : Il faut repérer les transparences piétonnes du territoire urbain et faire du périurbain un lieu stratégique de la ville de demain dans la perspective de l’urbanisme post-Kyoto. Faire de la concertation ? C’est banal. Mieux vaut ouvrir quelques pistes pour une démarche participative de production du savoir, c’est plus chic. Ne parlez plus de l’après-pétrole mais de l’anthropocène ou encore de l’ère quinternaire.

En conclusion : parler pour ne rien dire ou noyer le poisson est très facile ! Voir aussi nos précédentes leçons de baratin tendance dans FNAUT Infos n°163, 167, 170.

Communiqué par Jean Sivardière

mardi 19 janvier 2010

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